Xennials pilule #36

(…) Et c’est dans les décalages que nous subissions nos plus vertes années, dans des tensions mal équilibrées, héritées de pantins idéologiques, articulées entre des idées limites, nous toujours harassés de devoir ne pas nous souvenir, jugés sur notre capacité à ne pas juger, déposés dans le chamboul’tout de la triomphante vingtaine, à trôner en faux-rois sous les boniments de forains. Là dans les dépits hurlés contre nous, en attendant que soit faite place nette – mais nous dégagions pourtant les premiers – nous nous accommodâmes de la condition de seconds couteaux.
Aujourd’hui, faux-rôles au fourreau et sabots clairs, nous piaffons et piétinons toujours sur les restes de ceux que nous laissâmes sacrifier.
Mais quelle importance cela a-t-il, pour une génération qui n’est que dans ma tête, sans cesse centrifugée et qui me sourd par les oreilles ?
Aucune. Les peines, les joies, les doutes et la foi, cela n’a jamais eu de relief sous l’écrasement des mots qui les indexaient. J’étais déjà mon propre mème. Je tire dans ma tête pour quelques fioles de sang solaire. La parodie continue : j’en souris et c’est bien.

[mr:;k] 2017.07

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Déambulation à bride abattue

C’est là, c’est tout comme
C’est tout contre mes doigts…
Je tiens ce rêve élastique que j’étire
Avec de plus en plus d’efforts
Jusqu’à la rupture.
Un dernier mot de pure forme, singeant ta silhouette,
Mais que tu ne sauras pas être le dernier
Puis je tends du noir cursif pour relier
Le désir et le déni
Je dépolis nos vitrages communs
Passe l’ongle dans le pré salé de tes joues
Récolte l’ombre dans ton regard
Fixe le clown désertique
Assis sur son désert et qui parle
De tes pieds de biche pour forcer les rires
De la bergère crosse épaulée et de la mise en joug
Je manie un fouet de cuisinier
Maintiens l’illusion d’émulsion
Mais lorsque tu passes je ne reflète plus rien
Ni ne renvoie son
Qui n’ait payé son écot
Parce qu’il faut en découdre, Chimère,
Avec les fils insupportables qui n’affectent que soi.

[mr:;k]  2014.05

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Quarante-neuf mille grammes de serment à prise rapide

Trop pris le sentier d’or
La poudre sur les miettes
Tout ce qui part à vau-l’eau
Et s’éteint où tout s’arrête
Les lubies les cœurs calmes
La tempête des mains le vomissement des âmes
Des couteaux dans toutes les pièces
Des boucheries en apex
Éborgnent ébrèchent émoussent égueulent
Ton ombre brûlée grasse de fumée
Dont je trace la réplique dans un rondeau cassé
Toute la furie des magasins de clous
L’euphorie des limailles
De l’asphalte même en draps de lie
Gouffres insupportable de trente centimètres
La maigreur des touches sous la laine épaisse du parfum
Vaines, vides et fates rêveries aux douces dégaines
Couronner l’ombre de vapeurs d’eau de buées de brumes de bromures
Carburer aux ventricules
Feu grégeois nourri roulant courant dans la paille
Dans le fracas des coques des cassures des accrocs des désaccords
Des crashes tronche sur roche
Des alcools de fond de placard dans des verres tiédasses
Des lampées à même les plaies, des rasades abouchées aux rasoirs
Et l’ombre gagne, l’ombre
Répandue à n’en plus voir l’origine
Quand tout se confond, que dormir sécrète la chute des veilles
Dans ta sphère électrique cramer au fond des trous
Sur les brûleurs à gaz les pétroles lampants
Les naphtes les poix les résines
Les poumons bitumeux
S’avancer dans l’inflammable crépuscule
Au travers des vœux pieux traquenards et tendresses en sous-texte
Prédire du soleil, oh du soleil
A se brûler irresponsable
En flèche dans les flammes
Tous feux conscients éteints
Une pellicule à vif, rouge des brûlots cendre des bûchers
Arraché de toutes parts par cette joie inexcusable
Impardonnable
Cette faiblesse à tout donner
Cette faiblesse comme le sourire ouvert du cercueil
A n’y rien comprendre seulement l’évidence du sol qui nous recueille
Du sol d’où l’on se relève
Encore, dans la fraîcheur dans le crissement des peurs pulvérisées
Pour tout reconstruire
Jusqu’aux lumières
Jusqu’aux lumières en marche cœur et cornée
Remonter ce cri dans les trachées du monde
Et hurlés à nouveau s’étourdir l’un de l’autre
Résonner jusqu’aux confins des plus durs mirages
Jusqu’aux franges où commencent tes pénombres mais un souffle devant
La limite
Ton écho époumoné à l’infini
Par les forêts, debout,
Des milliards d’aiguilles et en mon corps une seule
Lumière !

[mr:;k] 2014.10

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Frisson magnitude 8 sur l’échelle vermoulue du vieux Richter

S’être méfié des escaliers trop blancs
Vers quelque sommet dégagé
Ou des pierres trop polies
Des murs trop apprêtés
Et des barreaux menant
Aux fenêtres qu’on croit certainement barrées
Être resté mûrir à l’ombre
Du ciel dévêtu piégé sur les épis les colonnes
Et le regard des stèles
Pour se trouver roulant
Au bas de chaque pente
Ballot de cordes et de draps
Chair de fantôme évanouie dans le sel
Mêlée à l’écume
Ombre tombée de la mesa verde
Sueur d’une course broyée entre falaise et marée
Mémoire électrique muette sous l’aiguille des doigts
Une voix traînée à travers chants d’échardes
Cœur posé en offrande au milieu de la cache
Dans la pyramide dans la pyramide dans le labyrinthe
Ermite retiré en son tonneau
Sur le sentier des termites
Grain sur le chemin des meules
Blessure fraîche sur le terrain des meutes
Plainte écrasée entre les mâchoires d’un baiser
Fruit dans la corne des blettes abondances
Une main sur le flanc décrépit d’une amante
N’être que ce quelque chose qui manque d’un cheveu ton épaule
A l’instant où tu te retournes
Et filer droit
Dans les souffles en confusion.

[mr:;k] 2014.03/2014.07

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Aux abonnées absentes

Sûre que la taille abrupte du lendemain
Ferait des remparts nets au milieu des poussières
Tu te contentes de regarder tourner les ombres
Les jeux de lumière des colonnades
Jusqu’à ce que le soleil se creuse
Un alibi sous l’horizon

Parfois tu disparais
Derrière quelque vitreuse obscurité
Laisses ta main à tenir
Moins chair abandonnée que miette à picorer
Tu prétextes la fatigue
Comme la bâtisse s’appuie à flanc de carrière
Et tu glisses dans le contentement facile
De nos paumes tièdes

Là sans ambition
Nous gardons à notre tour
Les lignes inertes de ta main
Les traits nets de tes doigts qui plient de sommeil

Et quand tu reviens
Quand tu reviens à toi et
A nous qui n’avons rien touché pas même l’idée que tu respires
Quand tu reviens nous feignons d’être
Dupes
Et de voir germer ces miettes
Sur les marches du temps

[mr:;k] 2014.03/2014.06

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Derniers foins pour garnir les fantômes

En dissidence dans le désert
Je bois aux bouches que je crois voir
Les mains éparpillées à manipuler
Des contours depuis long vent soufflés
Et je dis quelle découverte je suis en train de recouvrir
Puisqu’il y a urgence dans cette terre encombrée
A faire des places nettes aux belles brutes
Qu’à ma prière informulée tu prêtes
—–Tes grandes eaux
—–Tes écopes
—–Du vin de lie et de semtex
—–Et ton nom pour détonateur

A la fin des orages
A la lisière du dernier tonnerre
Les volts évanouis du dernier éclair
Crépitent et te renient
Parce que cette ablation
Est une douleur de naissance
De marche reprise
J’emporte un charbon pour la faim
Souligne de suie ma fatigue
Parce qu’on ne cesse jamais de s’affamer
D’ouvrir des mâchoires larges comme
La fin des plaines
Il n’y a pourtant pas de sot amour
Et lorsqu’on a tout glané tout mis
En draps liés pour l’hiver,
Au sol qu’on a quitté, esseulées,
Ne restent que des pierres –
Ne restent que des choses –
Précieuses,
—–Au-delà même
—–Du mot fin

[mr:;k] 2014.05

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Atlas descendant d’infinis escaliers

Pendant un instant de bord à bord
Je suis le pourvoyeur d’impasses
La marche trop haute pour le bout de tes ongles
La laideur des refus qui coupent à petites dents
Dans la chair ombreuse
Et l’accalmie des âmes.

Et comment te dire ?

Mon soleil sous les miennes frayeurs
Monstre parfait sur les terres minuscules
Le reflet des cités sur les labours du cœur
Sur la plaine des peaux mortes et des ambitions sèches,
Et quand tout s’évapore tu jettes tes habits
Aux fournaises des villes nues
Aux sabbats de flammes bleues
Tu perçois les chemins qui s’écoulent
Des flancs percés des foules
Tu repousses l’idée que le torrent s’est tu
Et que les pluies exsangues s’étranglent de poussières.

Je frappe sur ces rêves inconfortables trop durs et trop difformes
Bien qu’à me démener souvent je ne parvienne
Qu’à froisser l’heure main contre main
A confondre les pénombres du soir et du matin.
Parfois pourtant
Sur cette voie qui te prolonge je rencontre ton souffle
Et m’endors sans lutter

Lorsqu’il me débarrasse du monde.

[mr:;k] 2011.04/2014.05

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