Hello Victoria, (it would be) so good to see you again…

[25 mars et 29 septembre 2005]
 

Au vaste son des gares, les quais étalent leurs berges le long des barges de brumes mécaniques, et s’emmanchent aux salles des pas perdus, halls aux lents ballets vus d’en haut de tant d’hommes pressés qui s’affairent, de vies effarées d’horaires. L’énorme pression des foules, de droite et de gauche, transposées d’étages en étages en sous-sols et couloirs, au long cours des sinuosités souterraines, du ras des métros jusqu’aux gueules chargées des trains qui partent… mêle l’immense fourmillement éperdu, que seule scelle la nuit…accrochant ses plis à ce clou de rails qui rougeoie dans la ville.

De ces halls tombant droits de siècle en siècle, domine l’horloge de souvenir juchée haut dessus le sol jonché de solitaires, couples, passades, embrassades affables, affleurements de flirts, effleurements de frissons, vieux émois et tendres découvertes. Et tout toujours épars et disséminé, sous le poids des voûtes, avec l’acier pour l’airain et juge souverain…

Fichés dans la terre et sur ce socle, nous (moi toutes ces fois), près d’eux toujours passants, partants, partis, revenus, de retour bientôt, passons sous des attentes en arches qui se croisent ou s’ogivent avec des soulagements. Si loin des temps de guerres, des trains bondés de larmes, partant à bride abattue au sifflet de Charon, leurs rails plongeants dans l’Achéron ; aujourd’hui passions communes entretoisées de quais en proches accueillis.
Elle descend de chaque voiture tandis qu’il guette.

Sans cesse et chaque fois, retrouvailles ou réunions, sous le poids des voûtes. Des trajets bicéphales qui vont gravitants vers les grilles et les portes, coeurs et chaleur face à de plus pétrifiés, individus en foules, solitaires en masses…sans cesse ressassant ces couples…et comme piétinés sous Bucéphale.

Poids des villes, enfilades de façades vers des ruelles abritées, bancs publics, ombres projetées des ramures et tournant encore en déclinant…sur ces couples…
Poids des villes épaulé-jeté, furtives puretés, pauvres parfums et mourantes éclosions des pierres, rugosités de mémoires…témoignages et gages déjà grevés, gravures calcaires d’errances amoureuses…et Mnémosyne pleurant un acide cru, sur l’inscription qui s’efface : « à toi à jamais ».
Poids des villes, l’accusé, lisses coulées de ciments monochromes, monotonies de chaussées noires, branches chauves mordues de lèpre et qui voudraient griffer les fenêtres, des bêtes à deux dos…

Et sur eux les longs lichens, morsures sans âmes du poids des villes, pesanteur infinie portée sur chaque fibre des liens d’un être avec une autre…toujours menaçantes aux gouttières fendues, les pluies fânées tombantes à l’oblique en ruissellements de jouvences jamais abouties…emportent simplement les feuilles alourdies.
Et sur les crânes le poids des villes, goutte à goutte y entrant, scléroses, blocages, rouages grippés, crispations, tétanies, vouloirs figés…chaque fois que j’ai voulu j’ai découvert, mes courages en glacis amarrés à demeure.

Et Victoria meurt…rattrape-la…et glisse sous la terre, au loin, le fardeau dont sont nées ces cités.
Victoria meurt, ressaisis-la, pour qu’elle descende elle aussi un jour enfin, de chaque voiture où tu la guetteras.

 

(environnement sonore : merci à
– Dream Theater, Metropolis Pt.2 – Scenes from a memory
– Noir Désir, Oublié
– Kokia, Tomoni
– Arcturus, For to end yet again
– Demons & Wizards, Down where I am
– Noir Désir, A la longue
– Devin Townsend, Funeral)
 

Mais n’oublions pas : vae victis.

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