Le Slip.

(Etude menée à bien le 14 janvier 2005. Coutures ajustées le 06 novembre 2005)

Pourquoi parler du slip dans cette rubrique « le mot au crible du concept »? Et d’abord, pourquoi une telle rubrique?

Et bien le but de cette rubrique est de partir d’un mot, banal ou non, sans critère de sélection particulier sauf celui-ci : j’ai envie d’en parler, et d’en parler, justement, de façon absurde ou logique mais en usant de concepts, sans autre principe directeur que celui-ci : j’ai envie de dire ça. Pourquoi donc parler du slip pour inaugurer cette rubrique? Mmmmmh? Si vous avez suivi, la réponse est bien entendu : « parce que j’ai envie d’en parler!! » En plus j’en ai plusieurs sous la main alors ça tombe bien.

Bien, commençons. Qu’est-ce qu’un slip, en dehors d’une pièce d’habillement de la catégorie des sous-vêtements masculins (chipotons pas svp pour l’instant)? Car en effet, le dictionnaire nous dit (Hachette 2004) :

nm Culotte très courte et ajustée servant de sous-vêtement. Etymologie : faux anglicisme, de to slip, « glisser ».

Posons la vraie question directement : le slip distingue-t-il l’homme de la bête?

Premier concept, le plus immédiat, la couleur. La couleur en tant que concept, non pas la coloration qui a rapport au fait d’être physiquement coloré. La couleur en tant que l’objet considéré se rapporte dans son essence même à l’idée d’être coloré (et non pas au fait d’être coloré, je le répète, c’est important nom d’une micropipette!).
La couleur chez le slip a plusieurs vocations. Une vocation d’expression de personnalité, qui transparaît bien sûr déjà dans la forme du slip (kangourou, midi, mini, maxi, tirant sur le string etc), mais aussi et presque surtout dans sa pigmentation et ses motifs (considérons les motifs avec la couleur). En bref, il est sociologiquement possible de dire « montre-moi quel slip tu portes, je te dirais qui tu es ».
Attention néanmoins à ne pas se laisser emporter par ce sentiment de puissance intellectuelle qui peut venir quand on décrit l’homme par le slip! En effet, des études ont montré et montreront encore que ce n’est pas toujours l’homme qui achète ses slips lui-même, mais sa femme, ou sa mère pour les plus attardés, ou un petit ami, en bref une tierce personne. Il faut alors bien comprendre que dans le cas où une tierce personne achète le slip de l’homme, sa couleur et sa texture nous renseignent non pas sur la personnalité de l’homme qui porte le slip mais bien à la fois sur la personnalité de la tierce personne et sur la manière dont elle perçoit la personnalité de l’homme qui va porter le slip (puisque évidemment cette tierce personne cherche à acheter un slip qui correspondrait à ses propres goûts ainsi qu’aux goûts supposés de l’homme).
Pas besoin de détailler ensuite les types de personnalités que recouvrent les différentes couleurs et les différents motifs des slips de l’homme, ce serait s’avancer trop loin dans la réflexion pratique.
A ce stade, on constate déjà que le slip ne s’adapte pas aussi bien à la bête : un animal en slip a toujours l’air plus con qu’un homme. En plus, l’animal oublie systématiquement de l’enlever pour faire pipi. Autre avantage de la couleur du slip, son rapport à la propreté.

La propreté est en effet le second concept qu’on peut dégager du slip. Car certes un slip peut dégager une odeur de vécu, mais un slip propre dégage lui aussi une odeur particulière qui dépend des préférences olfactives de celui ou celle qui achète la lessive. Pour revenir brièvement sur le rapport propreté-couleur, on peut dire qu’il vaudra mieux se poser des questions sur l’étanchéité hypoabdominale de l’homme qui porte des slips marron foncés ou jaune, plutôt que sur celle de l’homme qui les porte blanc. C’est clair, il faut une putain d’assurance. Bref. Quoi qu’il en soit, le slip est aussi symbole d’hygiène, l’exemple a contrario étant que les chambres de jeunes hommes, peu réputées pour être des modèles de netteté, sont toujours jonchées de slips sales. Un homme dans un slip sale, c’est un peu le symbole de la lie de l’humanité, de la décadence de la race humaine, en somme c’est tout le contraire de l’idée de civilisation telle qu’on la conçoit en Occident. Le slip sale en arrive donc à incarner la négation absolue de l’homme final, de l’homme parfait, celui qui est parvenu au bout de l’évolution physique et psychique, l’homme post-humain peut-être, post-moderne sûrement. Avoir un slip propre ne fera pas forcément de vous un homme parfait, mais c’est un premier pas. Et je le dis comme je le pense, un premier pas dans un slip où on sent bon et se sent bien, c’est le début de la béatitude.

D’où le prochain concept, le bien-être…Mens sana in corpore sano disaient les Latins. Un esprit sain dans un corps sain. On a inventé depuis un esprit ceint dans un corset, mais bon au-delà du jeu de mot très XIXème siècle, y’as pas grand chose à becqueter. Alors que si l’on dit un esprit sain dans un slip sain, on voit tout de suite la corrélation entre recherche de la Félicité de l’esprit et maintient des parties. Un bon slip doit bien maintenir, laisser respirer dans un confort ouaté, ne pas gratter, ne pas rétrécir au lavage, ne pas jaunir au lavage, bref ne perdre aucune de ces caractéristiques qui font du slip le véritable ami de l’homme de Bien, de l’Honnête Homme du XXIème siècle. Nietzsche dit quelque part que « l’esprit n’est qu’un jouet pour le corps ». Si cela est vrai, alors la portée de ce qui vient d’être dit est d’autant plus grande et évidente et irréfutable : l’esprit d’un homme portant un slip parfait sera porté indirectement à la perfection par son corps, son corps lui-même directement influencé par le slip. Pour ceux qui prônent le détachement de l’esprit et sa supériorité sur le corps quel que soit l’état de ce dernier (genre style un peu les stoïciens), je leur demanderai simplement de ne serait-ce que tenter de faire la preuve de la véracité de ce dernier proverbe : un esprit sain dans un slip de nain… Car certes la chanson nous dit: Je voudrais être un nain, pour avoir une grosse *biiiiiiiiiip*!! Oh je voudrais être un nain, pour avoir une belle *biiiiiiiiip*!!! (Les VRP, Le Nain). C’est vrai. Mais je répondrais à cela que le slip de nain, si ample soit-il sur le devant, aura tôt fait de paralyser un homme atteint de non-nanisme, faute de laisser passer le sang vers les jambes.

Petit concept en passant, l’élasticité. Un bon slip digne de l’homme doit posséder les vertus de l’élasticité, c’est à dire malléabilité, adaptabilité, caméléonnerie. La comparaison du slip et du corset s’impose, il suffit pour cela de se référer à la citation vue plus haut : un esprit ceint dans un corset, et de la transposer dans le champ conceptuel du slip et de l’esprit. On est d’autant plus libre de ses opinions que l’on est bien dans son slip. Plus que cela, on accepte mieux la contradiction, on défend mieux ses convictions, et au bout du compte on élimine le processus de violence par opposition/accumulation. Mettez un slip où vous vous sentez trop serré, trop flottant, trop crade, vous serez surpris de voir à quel point les poings dans la gueule partent vite. En passant, vous noterez que ce n’est pas sans arrière-pensée que j’ai dit « où vous vous sentez trop serré »… En effet, et ici apparaît en pleine lumière le lien entre slip et subjectivité, entre slip et perception personnelle du monde extérieur, ce n’est pas parce qu’un slip est sur le papier à la bonne taille qu’il conviendra nécessairement à l’homme. Non, si l’esprit de l’homme a un préjugé contre les petits slips ou les grands slips, quel que soit le confort de ce slip l’homme s’y sentira mal. On rejoint une nouvelle fois ici la question du slip et de la personnalité. Pour ceux qui voudraient prolonger la réflexion par eux-mêmes, je laisse ce petit proverbe paysan : mieux vaut un vieux slip trop lâche qu’un beau slip qui pue.

Enfin, et pour répondre définitivement à la question « le slip distingue-t-il l’homme de la bête? », il faut évoquer un dernier point : le slip comme parangon du propre de l’homme. La preuve en est fournie par ce proverbe universel : mon fils, tu seras un homme lorsque tu pourras sauter à pieds joints dans ton slip sans te vautrer la gueule par terre. Ainsi, non seulement le slip distingue l’homme de la bête, mais mieux encore il distingue l’homme de l’adolescent, de l’enfant et du vieillard. Le slip, malgré sa présence à tous les stades de la vie, de la naissance à la sénilité et à la mort, n’est pleinement slip que lorsqu’il est maîtrisé par l’homme de cette manière.

L’Homme et le Slip atteignent donc leur plénitude ontologique ensemble au même instant, et la perdent ensemble au même instant. Et cette conclusion devrait vous laisser gravés dans la mémoire ces deux moments les plus importants et significatifs de votre vie : le premier saut dans le slip réussi, et le dernier.

Mais n’oublions pas : vae victis.

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2 commentaires pour Le Slip.

  1. sarah o' dit :

    Waou!…S.O\’C

  2. Jihane dit :

    Magistrale démonstration de l\’indissociabilité de la contingence de l\’homme avec celle du slip. Je trépigne en attendant la prochaine "Apologie du Tanga" promise par ton éditeur…

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