Vieux

L’aube
a griffé les vitres, raclé les portes, accablé de rosée mes draps, emporté en copeaux mon esprit. Chaque jour je me redresse, moins intense,
et me tasse. De quel œil furieux je regarde ce corps de bataille en
déroute ! De ces bras qui retombent plus bas encore, de ces phalanges
agrippées par la gravité, je nourris pour être seul, et pour être
pleureur, l’homme qui regardait le jour vers toi, la nuit vers Dieu.

Moi, chercheur débile aux longs doigts en filaments, éraillant la terre immense pour
retrouver, perdue, la clef du champ des larmes, je me courbe sur ce désert fossile, psalmodiant sans trêve un chant stérile avalé par l’écho. Et dans d’illusoires passes d’armes, toi, moi, nous nous battons, comme deux fantômes
incapables de s’atteindre.
Mais déjà le
fil des pensées, tordu, entortillé, se rompt. C’est l’aube.

Tous
les galops passent et s’essoufflent, tous les sabots s’usent et s’éraflent, et
la lame mal calée, après avoir un peu vibré, fière d’un jeu nouveau, s’ébrèche
aux plis d’un joug ancien.

Et
rien n’y fait, rien ne le pallie.
Tout
fane, étouffe, finit. Tout pâlit.

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Un commentaire pour Vieux

  1. claire dit :

    J\’hallucine ! Tu les as choppé dans un livres tes belles phrases ou elles viennent de ta propre tête bien remplie ? Si c\’est le cas, je m\’incline de respect…
     
    Claire

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