Exercice de styl(o)(w)

[Sur ambiance musicale : Tool ~ 10,000 Days (Wings Part 2)]

Sur
la basse route, sur un funèbre charriot, je suis le long parcours, un instant
égaré aux portes de l’équilibre (ni âme qui vive ni spectre qui erre). Je
marche morne sur l’huile entre les frontières, où glissent l’un contre l’autre
les sourires du réel, l’amie qu’on s’est faite et la mémoire qu’on s’en fait,
la vie qu’on avait et la mort qu’on recevra, les idées qu’on formait et les
mots qui en resteront.

La
vie ment. L’homme ment. Le savant, le poète, le philosophe, plus aucune envie
de leurs lumières et de leurs inventions de Muses. Ils n’ont fait que mentir,
partisans de ce qu’une chose est tout ou n’est rien, aux deux extrémités de
l’échelle, et que l’entre-deux nourrit la médiocrité. Mais il y a l’huile entre
les frontières et c’est là que se tient l’homme, qu’écrasent d’un côté le tout,
de l’autre le rien, cependant qu’au-delà, se prolongeant sans fin, est la
médiocrité.

L’homme
qui en ce point étend les bras en croix meurt d’absolu et de néant, s’épuisant
entièrement.

 

La
tête dans les mains pour pleurer, comme il convient, la compassion pour
soi-même, incapable un instant de dire « je ». Le Verbe se passe du
sujet ; ou ne passe-t-il que de l’un à l’autre ? Différentes causes,
même effet.

Tu
passes à l’écart de mon monde, mais cela suffit à en modifier la course et en
altérer l’orbite, ce que l’on tient pour l’immuable en nous : cela change
et se transforme.

Tu n’es
qu’une personne de plus. Mais celles comme toi déforment tous les référentiels,
font perdre tout sens aux mesures, toute mesure à mes sens – tout varie brutalement
dans l’espace et le temps, dans l’aimer.

Sans
doute ce n’est pas vrai qu’une vie comme celles sises ici-bas est du néant bâti
sur du vide, mais il faut bien pleurer pour ça si la dernière dignité qui reste
est de se tourner vers qui passe à l’écart de mon monde – mais sans jamais se
donner la force de croire que nos yeux se croiseront.

A
moitié aspiré par ton sillage, il pourra bien s’y consumer, cet esprit fort…entravé.
Ce qui reste de lui demeurera, déformé longtemps, à présent obstinément occupé
d’une seule chose qui fait la couleur rouge des larmes : subsister,
tronqué et amputé, dans la mémoire, l’histoire, le souvenir…S’il le faut, même
seulement comme cicatrice sur le visage de l’oubli.

Mourir
un jour, il faut bien s’y conformer. La belle affaire…Mais disparaître ?

Tu
finiras par m’oublier, c’est vrai. Mais je pleure ici, et maintenant, parce que
je sais que je finirai aussi par oublier ton passage, oublier bien avant même
de mourir, et je ne veux pas, je ne veux pas…Je refuse…Ô s’il est dans ce crâne
un humain, un trop humain, ou un moins que rien, qu’il protège enfin éternellement
cet instant. L’on peut bien crucifier pour ça…

Mais le Thrène s’achève avec l’Amour.

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2 commentaires pour Exercice de styl(o)(w)

  1. _ dit :

    Bonjour…..Tes mots parlent suggerent…..l\’oubli, la mémoire, cesser d\’exister oui mais pas cesser de se souvenir…..
    Ne sommes nous que cela, de l\’information vivante….la conscience ne serait elle qu\’ un etât de la mémoire ?
    Le ment_songe oui ….C\’est le Lieu de l\’existence de l\’insupportable, celui ou l\’on erre dans les courants déléteres, delais_taire….Encore le temps et ce silence qui n\’en finit pas de dire, de nous souffler aux yeux , nous boucler à l\’oreille……
    Le néant et son vide……..
    Et en deça, as tu regardé ? l\’espace est l\’autre mensonge celui que l\’on nie au profit du temporel
    Nul lieu où se rendre…tout modifie en immobile, l\’empreinte qui s\’imprime sur une autre empreinte qu\’emprunterons les passeurs toujours les mêmes, ceux de l\’huile de l\’entre_deux, de l\’espace qui n\’en est pas un celui qui s\’entrouve entre deux instants de nous, quand le Je ne joute plus avec lui même……sur les détours de sa forteresse, les ponts levités de ses gênes, les douves de ses eaux dormantes
    Rien d\’immuable, tout en mouvement incessant et pourtant immobile et silencieux…
    Profondeur Légéreté sur le vent de tes jours, de tes ames de fond _Y_

  2. Emeric dit :

    La conscience, c\’est l\’étincelle qui met le feu à l\’huile entre les frontières, et qui éclaire les fronts qui errent 😉
    Ai-je regardé en deça du vide pour lequel j\’écris, bonne question (une
    de plus à se faire des cheveux et des nuits blanches!)… Je regarde
    mon écran, ma feuille, vides sillons (qui chantait ça déjà? ah oui,
    Goldman huhu), j\’essaie de m\’abreuver d\’images tirées de mots induits
    d\’images enduites de mots etc etc.
    J\’ai beau parler de vide, parfois il n\’y a qu\’une réalité, qu\’un néant,
    qu\’un espace pour moi : j\’aime. Mes âmes de fond déferlent sur la
    grève, en désordre, échevelées comme des nymphes aux corps à demi-sec
    dans le vent de mes jours, mais j\’arrête là ça m\’excite. (qui disait ça
    déjà ? 😉 )

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