Atelier 18 ~ Je tue Elle

{en JE} Ange

Je fais au revoir de la main auprès du jardinet. Dans la boue noire de lune, mes pattes de colombe, mes bras de colon. Je hais le goudron charnu où je sème des rubis. Je sème des rubis. Je sème des rubis, avec ma cervelle rayée. Clok. Ma cervelle rayée. Clok. Rayée.
Je rentre chez moi. Je mets ma belle chemise où tes yeux ont déteint, l’odeur de coings de la lessive, par terre un ruban mauve que je ne ramasse jamais.
Mon petit doigt tremble comme une branche en désordre, j’ai mal au ventre. Je vais te voir, aujourd’hui comme un écho d’hier.
Je suis le tracé de mes veines frivoles, de ma main qui défait mes doutes de la cave au grenier. J’ai froid aux pieds, la roche figée des marées d’hiver brise l’écume en gaze légère, elle passe sous ma porte et me saisit les pieds. Je file hors de chez moi, par derrière comme un voleur, pour aller dormir chez toi comme un hors-la-loi.

{en TU} Tu hantes

Tu es une flamme simple
Tu t’évapores dans mon souffle à ton oreille
Tu te reformes plus loin sur la neige alourdie
A ton tour tu souffles
Sur la brume de ma raison.
Tu me donnes une tendre peur, une douce épouvante et l’envie
De dormir de travers dans ta chambre confortable
Encore un moment, encore.
Tu creuses à demi-feu dans la cheminée
Tout en parlant tu t’abuses de mots légitimes
Et les Je t’aime
Sonnent avec un écho ivre qui en dénie le sérieux.
Tu es ma froide usure, mon brûlant désagrègement
Tu es l’inexacte montre de mon coeur
Que je remonte avec des haut-le-cœur
Mais toujours tu dors
Sur tes lits d’allusions
En délit d’illusion.
Tu sais que la nuit porte conseil, et tu l’avales avec un demi verre d’eau, en tapotant des ongles ma main tendue entre nous.

{en ELLE} Élan

D’elle,
Muse,
Je te parle d’elle
Tu lui parles de moi
Elle me parle de toi
Nous ne parlons jamais l’un de l’autre
Elle ne le veut pas.

Elle fait sonner les cloches sèches qui s’entendent
Jusqu’à l’horizon grinçant
Avec des manières de soleil
Vierge de tout linge.

Elle s’aveugle de larves d’étoiles
Piquées à son éventail dont le bois doré
Brille et chante avec ses battements.

Elle parle avec des grelots dans la voix
Et des sanglots dans la joie
Elle cire ses souliers comme des serrures de soie
Elle soupire, elle s’isole, elle peste contre moi
Pour mieux me retrouver.

Elle a le goût des feuilles rouges, du sucre fondu et des aiguilles de pin
Elle sait se faire aussi souple que le fer
Elle me plaque comme une plume-trophée à son chapeau
Elle omet de m’ôter
Elle oublie de m’aimer
Elle s’amuse de moi
Et je te parle d’elle.
Et je te parle d’elle.
Et je te parle d’elle.
Clock…

[mr:jk] 2010.12

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