Atelier 18a ~ Stanislas (l’homme au pas rasant)

Stanislas avait un seul secret, un secret dont il n’était même pas conscient :
Il n’avait aucun rêve, et n’en faisait aucun.
Il n’avait pas d’envies inavouables, de passions dévorantes, de pensées secrètes. Il était né entièrement pré-installé, avec des idées pré-conçues, pré-formées. Des certitudes. Il ne pensait jamais. Il égrenait simplement des savoirs adaptés à la circonstance.
Il avait l’âme comme l’univers dans une tête d’épingle : intransportable, super-massive.
Son âme ne s’envolait pas avec la musique. Elle ne s’élevait pas avec la poésie. Elle ne s’éveillait pas devant les femmes.
L’amour n’était qu’un mécanisme.

Ou peut-être, juste une fois ?
Il avait eu une femme par convention. Des enfants par automatisme. Des amis par habitude. Tout le reste, par commodité.
Et étonnamment… Son fils était devenu un musicien reconnu. Sa fille une danseuse courtisée.
Alors une fois, une seule, juste avant de mourir, il avait ressenti ce qu’on ressent quand on réalise un rêve. Il avait été fier. Fier pour un rêve qu’il n’avait jamais fait !

Fier, et puis l’instant d’après, mort.

[mr:;k] 2011.06

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