Victoire sur la Mort, vingt-cinq à treize

Poser au bord du gouffre ses vieilles pantoufles
Baigner ses pieds dans l’abîme
Et dans le clapotis du silence qui monte avec indifférence
Penser aux disparus
Jeter des pensées dans le vide
Et les faire tournoyer
Laisser ce remuement incommoder l’oubli
Faire affleurer l’absent
Au plus trouble des flots

Ouvrir, encore, les yeux clos.

[mr:;k] 2014.01
– à Daniel V.

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Là, un épi siégeait parmi les fléaux.

Tu restes dans le feu du soir, un moment,
A compter les serments prêtés
Et les services rendus.
Les lueurs dansantes lacées sur ton corps
Font scintiller le sel des fatigues, mais
Tu piques au sol, de la pointe du pied,
La plainte naissante et l’inquiétude.

C’est que la nuit se moque bien
Des vols de chouettes, des lunes pleines d’effraies,
De leurs bras hérissés de forêts
Ou de la terre qui s’ouvre comme une gueule de sphynge.
C’est que pleurer
Est l’occupation des morts
Ou bien l’atout des menteurs,
Le tarissement des forces…

Toi tu as les doigts sur le soleil
Dès qu’il paraît
Pour sentir la pointe des rayons dire
La promesse des voyages ;
Avant le premier pas du jour,
Inhaler la lumière
Sans le goût des arrières-pensées qui viennent
Quand se forment les ombres.

Et peu importe ce que le temps détourne
Dans ses petits méfaits :
C’est sans gravité.
Tu en acceptes la multitude
Non la pesanteur
Non le fardeau,
Si tu te creuses un instant
C’est la certitude de ta forme qui te secourt,
Son évidence.

Il faut sans doute cela pour être dans le confortable,
Pour accueillir sans douleur
La ride que trace le jour nouveau.

[mr:;k]  2011.08/2014.03

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Un point trop long

Le paysage se réduit à une trame de fleuves,
De rivières, de ruisseaux,
De filets d’eau où tu dilues ta présence,
Le cours des mots se fait translucide
Au fil des veines qui lézardent en terre ;
Quelqu’un suit
D’une démarche qui nous ressemble
Une contre-allée arrachée des cartes,
Quelqu’un cherche
Avec l’obstination que tu nous connaissais
Une forme claire sous la crue.

Roulée au cœur des galets,
Gommée au creux des rus,
Étirée infiniment parmi les courants :
Quelqu’un tamise par habitude
Ta définitive disparition.
Non, ni dans l’onde ni dans le long temps
L’on ne trouve d’or au plus fort des flux ;
Ce qu’il reste
De tous les souvenirs rongés
Ce sont tes os nus et blanchis
Et dessus, la peau,
La peau que nous feignons de sentir.

[mr:;k] 2014.03

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Un pont trop loin

Broche brillante en travers de la gorge,
Tu passes le pont de singe et ses fils mouillés
Où se décompose la lumière
Où la chaleur du soleil se cogne et s’assomme
Où mes lèvres goûtent la rouille, le métal écaillé.
Ma main se pose et mon pied s’engage,
Las,
La tresse des câbles blanchit soudainement
Elle ondoie et cascade dans le ciel du ravin
Elle claque ses prières, elle cingle ses refus,
Elle se tend et se tord et se rompt
Pour se répandre sur l’épaule des parois.
Et je reste à te regarder, de l’autre côté,
A un cheveu de toi,
Avant de m’en aller
En te longeant par-delà
Cette cassure sans fin.

[mr:;k] 2014.03

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La sauge et la ciguë

Elle te parlait dans les vapeurs sucrées d’un vieux confiturier
Passait ton séjour au bain cuivré
De sa voix comme un feu qui en couvait un autre
T’imprimant son souffle d’audace
Dans des accents carmin de pivoine
Timides de frangipane
Des reflets bombés en dos de cuillère
Des désirs effilés posés à contre-verre
Rien de plus qu’un nectar, un doux moût de voix nue,
Un accès au nexus entre dévotion
Et dévoration.

Un instant plus tard cependant elle pouvait
Effrayer ton repos de sa main minérale
Te sabrer jusqu’au blanc des os
Posée sur toi, marbre pelotonné,
Tout le long de tes craintes et à flanc de supplique
Griffant son Écriture aux frontières du lisible
Pour que tu saches la fin et ne demandes plus
Et te laisses briser comme du sucre cuit
Dans l’odeur qui s’éteint des derniers feux de vie.

Les mensonges de menthe douce
La litanie d’onguents qui ravivent le froid
Les huiles qu’elle brûle au fond des pages où tu te perds
Cette langue moqueuse sur les mots et les lèvres
Son rire qui t’enfonce au creux d’un conte cruel…
Oui tu pourrais compter
Les poisons, dont l’écume vivace
Vient lécher les contours de ta peau de chagrin.
Pourtant ce serait peu de chose
Peu de chose en regard
Du goût de sucre tiède que tu vas rechercher
Au bord des inconnues et au corps des aimées.

[mr:;k] 2013.02

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Carreau 14

Comment préférais-tu
Codifier tes romances ?
En conques de sommeil
Plongées en criques tièdes ?
En paravents de tôle
Passementés de rouille ?
En minutes volées
Au notaire horloger ?
En quelles coulées d’encre
Sur quel marbre d’église ?
Du vermillon sur l’horizon,
Tandis que tu profites
De ton abri de songes…
Et tu enjolivais :
En étais-tu fort aise ?
Et bien, ganse maintenant,
Par tout ce velours qui se prend au métal,
Se déchire et te laisse
Surexposé.

[mr:;k] 2012.12

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Septembre périssable

L’herbe fauchée étrangle la rosée
Des galeries dénudées courent folles au-dessous
Les vaches maigres du temps broutent les chemins défoncés ;
Il n’y a pas de hauteur aux bords de nos vertiges,
La plaine serpente et convulse entre les eaux de rocaille.
Un passeur aux ongles terreux agrippe son canot percé
Aucune constellation ne rejoint ses souvenirs
Sur le flot des paysages il a perdu son cap, et crache de dépit.
Les flancs gonflés des bêtes pendent au ventre des collines
Et les nuages reflètent l’horizon prêt à se replier sur elles ;
le vent compact bat son ombre contre les vieilles toitures de paille acide.
L’abject en nous fêtera ses éternels quinze ans, des couteaux dans les poings.
La passion se trompe de fruit ; serions-nous pourtant
Si aveugles en ces automnes sans une étoile à suivre ?

[mr:;k] 2012.10

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